Mon texte sur le blog de Françoise Guérin :
motcomptedouble.blog.lemonde.fr/2018/07/24/a-lire-miss-mouche-et-les-roses-bleues-de-mamlea/
Pour une fois, et ce n'est pas coutume, je suis éditée ailleurs que sur mon blog.
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Mademoiselle
Mucha, Miss Mouche pour ses élèves, était la terreur de sa classe unique. Très
autoritaire, elle tyrannisait les gosses.
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C'est un vrai Cerbère !
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Moi, dit un grand du Certificat, un jour, alors que je savais ma leçon, j'avais
tant la trouille que je n'ai pas pu sortir un seul mot. J'en ai fait pipi dans
ma culotte. Elle s'est moquée de moi et m'a obligé à rester debout à côté de
son pupitre jusqu'à la fin de la matinée.
-
Elle tape avec une règle sur les doigts des CP quand ils se trompent dans leur
lecture, dit un autre.
Tous,
remontés contre l'infâme enseignante, étaient d'accord sur un point : il
fallait faire quelque chose pour se débarrasser de Miss Mouche.
Réunis
chez l'un d'entre eux, les parents, accompagnés de leur progéniture, étaient
bien décidés à en découdre avec cet individu et cherchaient une solution.
-
On ne peut même pas demander sa mutation, dit un papa. C'est la fille du
député. Ils sont copains comme larrons en foire, lui et Monsieur le Maire.
D'ailleurs, le maire, bien qu'ayant reçu des plaintes, refuse de croire ce que
les écoliers racontent. Il objecte qu'il n'y a pas de preuves contre elle, que
la parole des gosses ne compte pas.
-
Moi, dit un petit, j'suis cap' de faire un gros caca-boudin devant sa porte.
-
Et moi, de lancer un pétard dans sa boite aux lettres.
Personne
n'eut le cœur à rire de ces propositions naïves. On se contenta de hausser les
épaules, de lever les yeux au ciel en soupirant. On avait beau se creuser la
tête, aucune idée acceptable n'en sortait.
Soudain,
une petite de la section enfantine leva timidement le doigt, comme si elle
était en classe, pour demander la parole.
-
J'ai une idée : on va lui montrer que nous, on est des gentils et qu'on
est plus intelligents qu'elle.
-
Et tu proposes quoi ? demanda sa mère.
-
Ben, si on lui fait chacun un beau dessin, elle sera obligée de dire merci et
d'être gentille avec nous. C'est comme ça, quand on fait un cadeau, après, on
peut pas être méchante avec ceux qui l'ont fait.
Les
adultes furent septiques et les écoliers pas très enthousiastes. Finalement,
faute d'une meilleure idée, on se rallia à la proposition : ça ne coûtait
rien d'essayer.
Le
lendemain, les enfants s'affairaient devant leur feuille. Les parents avaient
réuni tout ce qu'ils avaient ont pu trouver comme crayons de couleur. Chacun
s'appliqua, les petits tirant la langue, les plus grands arborant des mimiques
d'artiste peintre. Ils étaient libres de dessiner ce qu'ils voulaient, il
fallait juste que ça soit gai. Au bout de deux heures, il y avait sur le
papier, des soleils, des cœurs, des fleurs, des oiseaux, des arbres… Seuls, les
jumeaux du CM2 avaient osé signer leur œuvre et tous deux, sans se concerter,
dessiné des roses bleues.
Le
lendemain, chaque écolier déposa son dessin sur le bureau de l'institutrice
avant de s'installer à son pupitre. Après avoir donné l'ordre de s'asseoir,
elle examina les dessins un par un, sans dire un mot. On aurait entendu une
mouche voler. Puis elle afficha les œuvres des jumeaux, et écrivit au tableau :
Rédaction :
"Les roses sont-elles bleues"
-
Les petits rédigeront deux lignes, les moyens, une demi-page, ceux du
Certificat, une page entière.
La
fillette qui avait eu l'idée du cadeau se mit à pleurer en silence. De grosses
larmes roulèrent sur ses joues rondes.
-
Comment peut-on avoir le cœur aussi vide, pensait la petite, auteur d'un gros
cœur rouge avec plein de papillons colorés dedans.
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