jeudi 21 mai 2026

Dispute forestière

    


Il était une fois une magnifique forêt, éloignée de toute habitation. C’était une chênaie où la majorité des arbres étaient centenaires. À l’abri du plus âgé, un individu à l’écorce épaisse et profondément fissurée, poussait un frêle petit hêtre, au feuillage tendre. Nul ne savait d’où il venait, car personne de son espèce ne poussait aux alentours. Quercus, le grand chêne, lui offrit volontiers son ombre afin qu’il croisse harmonieusement. Hélas, le jeune individu était un adolescent grincheux. Il prit sa voix la plus méchante pour se plaindre auprès d’un vieux noisetier, gardien de la forêt, qui surveillait s’il n’y avait aucune intrusion indésirable en ce lieu paisible.
    – Monsieur Corylus, gémit-il, y en a plus que mare de ce maudit Quecus qui ne cesse de me mitrailler avec une pluie de glands. D’une part, ça fait du bruit, et, l’autre jour, il y en a un qui m’a arraché une de mes plus belles feuilles ! c’est intolérable, faites quelque chose, ou je vais mourir !
    – Brave petit ! C’est la vie… les glands vont germer et donner de jeunes chênes qui remplaceront leur père. Un bûcheron viendra couper ce dernier et…
    – Et ils me piétineront, c’est intolérable. On ne peut même pas vivre tranquille ici !
    Le noisetier perdit patience et blâma le plaignant. Pour lui donner une bonne leçon, il demanda aux écureuils qui vivaient dans les branches du Quercus de bombarder le jeune Fagus avec ses noisettes. Penaud, Fagus fut forcé de se calmer, mais se promit de se venger, quand, plus grand, il serait couvert de faînes, il bombarderait à son tour les petits chênes qui auraient poussé à ses pieds.
    Ce qu’il ignorait, c’est que les chênes ont besoin de lumière pour grandir. C'est ainsi, que bien des années plus tard, un matin de mars, des bûcherons vinrent l’abattre sans qu’il ait eu le temps de dire ouf.


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