dimanche 18 décembre 2011

Une journée avec Joachim

Jeudi, 23 heures

Mon gros chat tigré dort sur le lit. Une tempête est annoncée pour la nuit et pour demain, et demain, nous devons impérativement aller à Nancy. On verra bien !

Vendredi, 7 heures

Le chat réclame ses coquettes avec des miaulements désespérés. La nuit a été plutôt calme, mais il a beaucoup plu comme l'atteste la grosse flaque d'eau en bas de la descente du garage.

Vendredi, 9 heures

Le chat s'est installé derrière la fenêtre. Il regarde les nuages qui passent très vite dans le ciel, quelques feuilles qui volent dans le jardin...
Je fais le chauffeur de monsieur que quelque vilaine douleur empêche de conduire, mais qui doit donner une conférence à Brabois aux élèves infirmiers.
J'en profiterai pour descendre en ville. J'ai quelques courses à y faire pour Noël, un dernier cadeau à trouver.

Vendredi, entre 9 heures et 9 heures 30

A la sortie du village, nous longeons une Moselle très sale, haute et houleuse. Plus loin, la petite route passe dans la forêt. Elle est jonchée de brindilles et de faînes. Je dois éviter quelques branches un peu plus grosses. Des employés de la DDE creusent une rigole dans le bas-côté pour évacuer l'eau qui s'accumule dans un virage. Une petite pluie fine tombe irrégulièrement.
Arrivés à Nancy, le gardien du CHU lève la barrière pour me laisser entrer. Je me faufile dans le dédale du centre hospitalier, trop juste en places de parkings. Il ya des voitures stationnées partout, rendant les croisements difficiles sur les voies trop étroites.

Vendredi, 9 heures 30

Je débarque monsieur devant l'école d'infirmiers puis retrouve la sortie je ne sais par quel miracle Je mets plus d'une demi-heure à gagner le centre ville encombré. Le vent a fait tomber toutes les gousses des catalpa de l'avenue Foch dont la chaussée est jonchée.
Comme il se doit, c'est la pagaille aux abords du pont Foch. Aussi, je rejoins le cours Léopold par le boulevard Albert 1er, ose me garer sous les arbres, choisissant néanmoins par précaution un individu jeune et bien portant : on ne sait jamais !

Vendredi, de 10 heures à 11 heures 30

Je traverse sereine la place Carnot, évitant les flaques et les ruisseaux d'eau que le sable ne parvient à absorber et qui s'engouffrent... dans l'accès piétons du parking souterrain.

La ville est calme et la pluie légère. Rue Saint Dizier, rue des 4 églises, marché couvert : jusqu'ici, tout va bien ! Je ne révèlerai pas les magasins où je suis entrée pour ne pas dévoiler la nature de mes cadeaux, mais dans chacun, il est question de tempête et du courage qu'il fallait pour sortir par ce temps ! Au moment de traverser la place-Mengin-future-place-Charles III en chantier, il tombe des trombes d'eau ! Je me résigne à ouvrir le mini parapluie qui somnolait jusqu'ici dans mon sac. L'eau ruissèle de partout : plus difficile ici d'éviter les flaques !
Le centre Saint Sébastien me permet de faire mon dernier achat et de joindre à pied sec la rue Saint Jean. Entre temps, les éléments se sont un peu excités. La pluie a redoublé d'intensité et le vent a forci, mettant à mal mon minable parapluie à trois sous. Sur la place Maginot, les chalets du marché de Noël sont fermés et les grilles soigneusement arrimées en empêchent l'accès. Je sens bientôt l'humidité monter dans mes chaussettes. Quant à mon bas de pantalon, il est à tordre !


Vendredi, 11 heures 30 à 13 heures

La pluie se fait plus soutenue. A Villers, sur le boulevard de Baudricourt, un pompier juché tout en haut d'une grande échelle qui obstrue la moitié de la rue, tente de mettre hors d'état de nuire une antenne TV en fâcheuse position. J'arrive néanmoins sans encombre au CHU, luttant difficilement contre la buée qui se forme sur le pare-brise, vu que j'ai mis la ventilation sur mes pieds pour les réchauffer à défaut de parvenir à les sécher. Il est midi pile quand le portier lève sa barrière pour me laisser entrer.
Pas de place sur le parking... tant pis, je prends la place réservée au président de machin chose (sigle inconnu) jugeant peu probable qu'il arrive à cette heure-ci. La place est sous deux pins qui se tordent, mais pas de rire ! Désembuage avant de manœuvrer pour m'extraire de ma place, sans emboutir la camionnette blanche mal garée derrière moi.
La petite route dans la forêt n'est pas moins jonchée de brindilles et de faînes qu'à l'aller, mais les employés de la DDE ont déblayé les branches les plus grosses. Un magnifique brocard me salue d'assez près avant de s'engouffrer dans un fourré. Ma petite voiture reste imperturbable sous les rafales de vent. Je suis soulagée d'arriver à bon port après ces moments de tension.

Vendredi, 13 heures

Le chat affamé nous attend en haut des escaliers.
Cette matinée m'a ouvert l'appétit. Des vêtements secs sont les bienvenus.

Vendredi après-midi

Le chat, excité par les rafales de vent, sort précipitamment par la chatière pour courir après les feuilles mortes qui traversent la terrasse, mais il revient vite se réfugier à l'abri sur le pas de la porte-fenêtre... avant de se réfugier définitivement à l'intérieur de la maison.
Le vent qui tourné à l'ouest, s'engouffre maintenant dans la vallée qu'il avait jusqu'ici épargnée. Je commence à regarder avec crainte les arbres remuer dangereusement et même le poteau électrique qui alimente la maison vaciller très nettement. Le grand cyprès du jardin agite ses frondaisons dans tous les sens en signe de protestation... résistera t-il à cette tempête-ci ?
Une mésange parvient devant la fenêtre, mais ne se pose pas au bord de la soucoupe pleine de graines de tournesol détrempées par la pluie, ne maitrisant pas son vol, tout autant que craignant le chat, excité à sa vue, derrière la vitre.
L'après-midi passe ainsi, agitée, mais le vent finit par s'affaiblir.
Tiens, où l'autre chat, la grisette, a t'elle donc passé tout ce temps ?

Vendredi, 23 heures 30

Le chat dort tranquillement sur le lit en nous attendant !

Samedi matin

Le chat a repris son poste d'observation derrière la fenêtre.
Joachim, c'est comme cela que s'appelle cette tempête, s'en et allé ou plutôt se comble, nous envoyant par le fait des retours d'air venant du nord, plus calmes mais plus froid. La météo annonçait la possibilité de quelques flocons. Il n'en est rien et le ciel s'est même offert le luxe de nous montrer qu'il était bleu.

Samedi, 14 heures

La Moselle roule des eaux couleur café au lait, avec la mousse blanche qui va avec. Tourbillonne aux abords du pont. Charrie des troncs d'arbres dont certains de gros calibre. Nous n'aurons pas le loisir de faire le traditionnel coucou aux mariniers et plaisanciers qui ne sont probablement pas autorisés à naviguer, ce qui serait assez kamikaze ! Le Larot, rivière temporaire née d'une résurgence au milieu de la forêt, déverse ses eaux laiteuses dans la rivière. Les berges sont spongieuses, reflétant dans leurs flaques d'eau les aulnes de la rive dont les pieds sont dans l'eau.

Dans le ciel bleu, gris, noir, un large vol en V de 200 à 300 grands cormorans remonte la vallée vers l'Est. Ont-ils fui les turbulences de Joachim ?


Samedi, dans la soirée

Le chat a passé une bonne partie de la journée dehors et rentre tard, ayant dédaigné les coussins tout comme le lit.
Nous nous en sommes sortis sans dégâts et même si ce n'a pas été le cas pour tout le monde, on peut se réjouir que Joachim ait été plus clément que Lothar qui a ravagé le pays le 26 décembre 1999, me laissant une réelle crainte à l'annonce du moindre coup de torchon.


Nancy, Pierre-la-Treiche, 15, 16 et 17 décembre 2011

mercredi 12 octobre 2011

Et c'est ainsi que les vaches sont entrées dans ma vie !

Ourches(55)
Été 2011


Parisienne pendant les six premières années de ma vie, ma petite enfance n'était pas familière des animaux. Bien sûr, je fais exception de Dicko, le chien de mon grand-père et des quelques poules et lapins qu'il élevait dans son pavillon de banlieue parisienne… car le Milou lui, c'était un homme de la campagne, né au plus profond du Périgord. J'avais peut-être aussi eu l'occasion de voir quelques grosses bêtes au zoo de Vincennes et à la foire du Trône, mais de vache, point !
C'est ainsi qu'en arrivant à Buzy, petit patelin en Meuse de quelques cinq cents âmes, je fis connaissance avec les vaches.
Au village où nous fumes parachutés au beau milieu des années 50, beaucoup de foyers étaient agriculteurs. Les fermiers possédaient de petits troupeaux de dix à vingt vaches laitières et quelques hectares de prés et cultures où ils devaient produire, sur la glaise collante de Woëvre, de quoi nourrir les bêtes et faire vivre chichement leurs familles. Les caprices de la météo étaient alors dramatiques. "Tes sous, Papa, ils sont dans l'eau !" disait une fillette observant, l'année de ma naissance, les pluies de juillet rendant impossible les moissons.

Les bêtes, c'étaient des Frisonnes. Enfin, à cette époque, on disait cela comme cela parce que de nos jours, on préfère les appeler Holstein ou Prim'Holstein, ou encore FFPN (française frisonne pie noir). Ce sont pratiquement les mêmes bêtes mais ça fait plus chic. Originaires de Hollande, et plus précisément de Frise comme leur nom ne l'indique plus. Le hasard faisait qu'à Buzy, plusieurs fermiers non parents entre eux, portaient le nom de Frizon, mais cette homonymie était pure coïncidence. Pour ma part, je ne connaissais de ce nom que notre lointain cousin Roger Frison-Roche originaire de Beaufort où il n'y a pas de vaches frisonnes mais de belles Tarines brunes. Ces vaches, qu'on les appelle Frisonnes, Holstein ou Prim'Holstein, elles ont toutes les caractéristiques correspondant à leur qualité de bonnes laitières : fesses maigres et osseuses inaptes à donner de bons beefsteaks, grosse bedaine pour digérer beaucoup d'herbe, pis rose dodu et veiné. A cette époque, elles avaient encore toutes leurs cornes dont on n'avait pas encore eu l'idée de les amputer. J'allais oublier de dire que leur robe est noire et blanche (on dit "pie noire") et que la variabilité de ces taches permettait de distinguer la Marguerite de la Gertrude ou de l'Hortense, car, on l'aura compris, chacune était affublée d'un prénom vieillot ; il est évident qu'on n'aurait pas eu l'idée de leur donner le nom de la fermière et encore moins celui de sa fille.

La traite se faisait encore à la main. J'étais admirative de voir une amie âgée d'à peine 2 ou 3 ans de plus que moi qui n'en avais que six, extraire des ses vaches un liquide blanc et mousseux à l'odeur que je trouvais écœurante. Assise sur une sorte de tabouret inconfortable à une seule patte attaché à sa taille par une sangle de cuir, elle triturait alternativement deux par deux les pis roses de ses bêtes, faisant sortir le lait qui atterrissait par giclées sonores dans un seau en fer blanc placé entre ses genoux. Nous défiant d'y parvenir. Certaines bêtes étaient dociles, d'autres moins. Quant au lait "frais", c'est-à-dire tiède, je n'ai jamais aimé son odeur et son goût doucereux. Cependant, je n'ai jamais retrouvé l'arome et la délicieuse onctuosité de ce même lait bien refroidi et cru que nous allions chercher ma sœur et moi dans la ferme la plus proche. Nous guettions depuis nos fenêtres la sortie des vaches dans la cour de la ferme, certaines qu'alors la traite était terminée. Parfois, nous devions attendre que le lait soit filtré dans les grands bidons d'aluminium avant que la Paulette emplisse notre pot émaillé du litre quotidien qui était nécessaires et notre consommation. Pendant ce temps, déjà incorrigible pipelette, je lui faisais la causette sans jamais me départir de mon éternel et légendaire sourire. Si nous tardions à venir à la ferme, il fallait renoncer au lait car le laitier passait assez tôt pour la collecte. Le camion n'était pas comme maintenant équipé d'une rutilante citerne en inox réfrigérée. On y échangeait simplement deux fois par jour les bidons pleins de la traite contre des bidons vides, les cabossant dans le feu de l'action. Il ne fallait pas perdre de temps, surtout quand le ciel était à l'orage.
Sitôt arrivées à la maison, Maman mettait, à mon grand dam, le lait à bouillir dans la casserole en aluminium réservé à cet usage. Il ne fallait pas le quitter des yeux car il débordait très vite après que l'anti-monte lait ait commencé à grelotter dans le fond du récipient. Le lait prenait alors un vilain goût de cuit, et le nettoyage de la casserole et de la cuisinière devenait une véritable corvée.

Les trayeuses électriques ont fait rapidement leur apparition dans les écuries. La traite avait lieu deux fois par jour, au petit matin et en fin d'après-midi. En hiver, les vaches étaient sur place, dans l'étable que nous appelions "l'écurie". Elle hébergeait aussi un ou deux cochons ; le cheval de labour ; le chien. Cette écurie au puissant parfum âcre communiquait avec la cuisine par une simple porte. Conformément au système de l'habitat lorrain, elle constituait une travée complète, entre la façade et le jardin, le long de l'habitation composée d'une cuisine et d'une chambre, avec parfois une salle à manger entre les deux. La chaleur animale produite dans l'écurie fournissait un chauffage rustique mais économique, seule la cuisine étant chauffée par une cuisinière à bois installée dans l'ancienne cheminée et décrire laquelle il y avait parfois des poussins en couvaison artificielle. L'écurie servait aussi de lieux d'aisances en hiver quand le froid dissuadait d'aller dans cabane au fond du jardin. Il fallait bien regarder où on mettait les pieds, de chaque côté de la rigole de récupération du purin, avant de baisser culotte et nos petits derrières roses si possible pas trop près d'une vache… et nous boucher le nez ! Une bête meuglait, une autre lui répondait en écho, bruit de chaine, de sabot dans la paille, de foin avalé par un museau avide, flop d'une bouse, cascade d'urine chaude. Il faisait sombre. Pas question de s'attarder à la lecture de quelque Sylvain et Sylvette !
À la belle saison, c'est-à-dire quand l'herbe avait commencé à verdir et qu'on ne craignait plus la neige, les vaches étaient aux prés. De ce fait, les troupeaux devaient traverser quatre fois par jour le village, laissant au passage quelques bouses qui éclaboussaient les rues, pour se rendre à la traite dans leurs écuries qui s'équipaient rapidement de trayeuses électrique. Va et vient biquotidien qui faisait le grand désespoir de Papa, car si elles s'étaient attardées un peu trop près de l'escalier de son bureau de poste, les clients indélicats ne manquaient pas de ramener sous leurs bottes ou leurs godillots quelques parcelles de l'excrément verdâtre qui laissait sur le plancher de la salle d'attente des taches tenaces et, dans tout le bureau, une odeur bien paysanne !

Notre maison, à droite, était une ancienne école. On entrevoit au loin la ferme du Camille. La maison à gauche était devenue une boucherie.

Pour nous, les enfants, "aller aux vaches" avec la Claudine dans l'après-midi était une grande joie ! En effet, parfois, pendant les vacances, afin d'alléger le travail de ses parents, notre amie était parfois chargée d'aller chercher les bêtes au parc. C'était alors toute une bande de gosses qui l'accompagnait. Parfois, le chien, un teigneux qui s'accrochait à la queue des vaches pour les faire obéir, était de l'expédition. Cela facilitait la tâche quand les bêtes étaient parquées sur "la côte", de l'autre côté de l'Orne, parce qu'elles avaient alors la fâcheuse idée d'aller prendre le frais dans la rivière, au niveau du pont. Il nous était alors très difficile de les faire sortir de l'eau et des rives boueuses où leurs grosses pattes creusaient des trous profonds car nous ne pouvions nous y aventurer au risque d'y laisser nos bottes. Sinon, il fallait être patient et crier "allez, allez !" pour les convaincre de prendre le bon chemin et de passer sur le pont pour rejoindre la ferme.

Le fameux pont sur l'Orne. Comme sur cette carte, il y avait souvent des roulottes de "camps-volants - on disait "caramougnats"- qui s'installaient au bord de la rivière. Les célèbres "Fourneaux" étaient du lot. On craignait alors pour les poules du village.

Il m'est arrivé, assez rarement, de passer quelques après midi "au pâquis de la Bulle" avec ma copine Nadette, d'une autre ferme, pour y garder les vaches. La ferme de son père n'était pas très prospère et son petit cheptel était souvent conduit au pâquis communal. L'endroit n'était pas clos. Il fallait avoir l'œil sur quatre ou cinq vaches paisibles qui broutaient les joncs de cette mauvaise prairie humide et marécageuse. Même si les bêtes demandaient peu d'attention, nous ne nous ennuyions pas... la prairie était un riche sujet d'inspiration pour nos jeux enfantins.


Mais aussi les chevaux...

Et les chevaux ? Bien sûr, chaque cultivateur en avait un pour le labour, pour tirer l'antique moissonneuse-lieuse ou le lourd chariot de bois chargé de foin. Quand nous sommes arrivés en 1956, seul le Joseph avait un tracteur. Un engin Massey Ferguson gris qui faisait envie aux autres. Puis chaque ferme s'équipa l'une après l'autre, très rapidement. Et les chevaux ont quitté le paysage. Le Camille conserva sa jument, la Louise, pour qui il avait une réelle amitié. Elle finit sa vie paisiblement, l'été dans une verte prairie derrière la ferme, l'hiver, dans son boxe à l'entrée de l'écurie.
J'ignorais en arrivant que l'animal puisse être dangereux et je n'oublierai jamais ce jour où je courrais inconsciente à côté de la Louise qui galopait dans le pré derrière "le Château". Je ne compris pas de suite pourquoi le Camille m'avait attrapée au vol et éloignée de l'animal en me saisissant dans ses bras tout en me gondant... j'ai retenu la leçon et je garde une certaine crainte des chevaux. Mais quand, lors d'une nuit de Noël, la Louise a mis au monde son petit poulain, la joie et l'émotion furent grandes et la veillée inoubliable. Nous avons peu dormi, ébahis par le spectacle de ce petit, debout, maladroit sur ses pattes mal coordonnées, qui tétait déjà tandis que sa mère léchait son poil encore humide. C'est nous, les enfants, qui ont eu l'honneur de lui donner le nom peu original de "Louison".
Etonnamment naïve, du haut de mes six ou sept ans, je ne fis pas le lien entre cette naissance et celle des bébés ! Pas plus que quand les vaches se grimpaient l'une sur l'autre, je ne comprenais pas ce que cela voulait dire quand on disait qu'elles "allaient au taureau", et ne posais pas de question. Certains sujets étaient tabous malgré l'exemple que nous fournissait quotidiennement la nature !

Et puis, un jour, nous avons dû quitter Buzy. La promotion de Papa impliquait qu'il prenne en charge un bureau des PTT plus important. Nous avons ainsi migré pour trois interminables années dans la Thiérache aux vertes prairies et riches "vachers". Je n'y avais pas d'amies de famille d'éleveurs et j'ai pris mes distances avec les vaches qui ne redevinrent pas particulièrement nos voisines quand nous avons réintégré la Lorraine Mosellane. Mais je garde pour ces grosses bêtes bien sympathiques une grande tendresse et je leur rends souvent hommage avec mon appareil photo en leur tirant le portrait... parce qu'elles le valent bien.


Holstein à Vic-sur-seille (57)
Été 2011

jeudi 1 septembre 2011

Moyenvic, village du Saulnois (57)

Une belle journée de fin d'été. Même si le ciel est peuplé d'un grand troupeau de moutons blancs, la chaleur est bien celle d'un après-midi d'août. Le dernier du mois.
Dans les prairies qui longent la Seille, nous cherchons une salicorne particulière qui devrait se distinguer par sa teinte orangé. L'herbe bien verte et l'humidité de la moindre dépression témoignent d'un été qui fut capricieux. Quelques vaches noires et blanches aux fesses osseuses pâturent les prairies salées.


Le fond de la vallée est bien plat, mal drainé par la Seille. Les traces des exploitations de sel qui firent la richesse des salines de la vallée dont les salines royales de Moyenvic sont très discrètes, voire invisibles au promeneur non averti. De l'autre côté du sentier herbeux, les champs ont déjà été semés en colza à peine germé. Le profil de ces cultures délicatement bombé et rougeâtre se détache sur le ciel un peu trop blanc. Je me plais à imaginer que les nombreux tessons de tuiles y sont des résidus de briquetage.


Non loin, le village de Moyenvic s'étire le long de la route de Strasbourg. Exhibe ses maisons indécentes de laideur. Le clocher bizarre et troué de sa vilaine église en béton tranche sur les Vosges, horizon bleuté dans le lointain, où le Donon émerge en forme de chapeau ou d'un serpent qui aurait dévoré un éléphant, telle une image volée au Petit Prince !

Au nord, les pentes ensoleillées de la côte conservent quelques pieds de vigne dont le petit vin de Vic qui faisait tourner les têtes a gagné une belle reconnaissance grâce au label AOC obtenu cette année, conjointement aux "vins de Moselle". Papa, soldat à Morhange, qui en eu la tête toute chamboulée un jour de permission chez sa cousine de Vic, en serait tout étonné !

Soudain m'apparait l'image de mon aïeul Charles Paté à qui je dois mes maigres origines lorraines. Grand-père qui est "arrière", il a passé entre Vic et Moyenvic les vingt premières années de sa vie. Il fut orphelin de mère, Madeleine, la repasseuse moyenvicoise étant décédée alors qu'il n'avait pas terminé sa première année. Le décès des mères m'apparait comme une malédiction familiale qui a sévi sur plusieurs générations. Suite à la défaite en 1871, ces confins de Meurthe vont devenir confins de Moselle. Moyenvic sera juste à la frontière. Charles ne le sait pas encore. Je l'imagine comptant fleurette à quelque cousine de Vic-sur-Seille à qui il a donné rendez-vous sous les saules au feuillage argenté. Sans doute aimait-il aussi conter fleurette derrière l'église aux donzelles du village un peu godiches ou aux pinéguettes délurées. Je l'imagine joli cœur. La guerre le conduira très probablement à combattre les Prussiens : à vingt ans en 1870, il a tout juste l'âge d'endosser l'uniforme !

Qui étais-tu, Charles, fils de cordonnier, toi qui n'es jamais revenu vivre au village devenu Medewich pour de longues années d'annexion ? Toi qui abandonnas ta fille, ma grand-mère, à ta sœur après le décès de ta seconde épouse sarthoise pour vivre près de Bruxelles avec une troisième épouse, puis finiras tes jours concierge à Paris au lendemain de la première guerre mondiale ?
Ta fille la petite Charlotte dont la tante "de Versailles" se débarrassera bien vite, gardera une grosse amertume à ton égard, et la famille t'octroiera à tort ou à raison une réputation de "chaud-lapin" qui colle à ta mémoire !

Dans le village où je passe trop rapidement, la saline royale dont Charles fut probablement témoin de la déchéance, a disparu. Il n'en reste qu'une porte peu mise en valeur qui échappe régulièrement à mon objectif à cause d'un camion dont c'est, juste devant, le parking dominical. Les fortifications ne sont qu'un lointain souvenir, gravure conservée sur quelques parchemins, dans de vieux livres et dans les musées. Quant au village, il a disparu en 1944 sous les bombes de la Libération. Pour ce qui est de sa reconstruction et de celle de l'église, je crois que Charles serait très surpris du résultat !
Et moi, j'imagine quelque cousinage lointain, peut-être bâtard, parmi les enfants qui jouent sur la place et m'adressent un "bonjour !" innocent.

Moyenvic d'autrefois existe encore sous forme de cartes postales anciennes, émouvantes. La plupart d'entre elles a été éditée pendant l'annexion et laisse une impression bizarre avec les inscriptions en Allemand sur les commerces et des soldats en uniforme, comme si on en avait volé les souvenirs.


Un site internet "grain de sel" regorge de photos et de documents précieux, telle une photo de classe de 1914 où, dans une mise en scène sans faille, on voit les petites filles avec un joli col en dentelle blanche impeccable, un flot clair dans les cheveux bien peignés et les petits garçons coiffés du casque à pointe ou d'une casquette très militaire !

Extrait de la généalogie :

Charles Joseph PATÉ (Moyenvic, 1850-Paris, 1921), fils de Charles, cordonnier, né à Vic-sur-Seille et de Madeleine Penin, repasseuse, née à Moyenvic.
Épouses : Victoire Coquet, puis Clémence-Émilie le Baillif (Sainte Suzanne, 1859-Paris 15ème-1899), puis Amandine Chauvin. La première lui a donné un fils, Albert et la seconde une fille, Charlotte, mon arrière-grand-mère.

Moyenvic sur "Grain de sel"
L'étonnante photo de classe.

vendredi 17 juin 2011

La Fouine et le chat

Le jardin de MamLéa
Dame fouine un beau matin
Traversa ; c'est une effrontée !
Mamléa étant absente, ce fut sans difficultés
Qu'elle put contourner
La chouette petite maison
D'Hector le hérisson
Parti manger des limaçons.
Elle voulait fourrer son nez
Dans les fleurs en pleine éclosion
Du jardin d'à côté depuis longtemps abandonné.
Au coin d'un vieux lilas, croisa soudain le chat
Et sa course net stoppa.
Les bestioles se trouvant nez à nez
Chacun l'autre toisa :
- Ô, que vous avez de belles moustaches !
Dit la fouine
- Ô, quelle jolie queue en panache !
Miaula le chat de la voisine.
Sortant de derrière ma clématite
Lupa provoqua la fuite
Dos à dos du chat et de la fouine
Le chat vers ma glycine
La fouine vers un vieux mur
Près duquel plus aucune culture
Ne vient nourrir ma vieille voisine
Partie se nourrir dans une autre cantine.

Moralité :
Quand Mamléa
N'est pas au jardin
C'est Lupa
Qui chasse les gredins !

jeudi 17 mars 2011

La terre a tremblé !

La terre a tremblé…
Il s'est levé tôt ce matin, comme de coutume ; sur son radio réveil, le journaliste égrenait les nouvelles du jour
La terre a tremblé…
Il a pris son petit déjeuner, comme d'habitude, tout en lisant son journal quotidien
La terre a tremblé…
Puis d'un pas tranquille, il est sorti dans la rue, accompagné de son vieux chien
La terre a tremblé…
Bonjour, Jules ! Bonjour madame Germaine !
Ha oui ! La terre a tremblé…
Il est entré au café du coin, a commandé son habituel petit crème
Salut, Louis !
T'as vu ? La terre a tremblé…
La journée s'est écoulée, tranquille, égrenant ses habitudes immuables
La baguette à la boulangerie du coin
La sieste au fond du canapé
Le loto au tabac du quartier
L'autre promenade du chien
Le soir, il a allumé son téléviseur
Regardé les images qui tournaient en boucle
La terre a tremblé…
Là-bas, de l'autre côté de la terre !
Il s'est couché de bonne heure, comme d'habitude
Et dans ses insomnies nocturnes, il a pensé au chien, au petit crème, à Germaine, au loto
La terre a tremblé…
Tout là-bas, au Japon !
C'est loin le Japon…
De l'autre côté de la terre
Où la terre a tremblé…

dimanche 13 mars 2011

Verdun (3/3 - Back home)

Retour à la réalité et à l'air frais après une rapide visite à la bibliothèque du mémorial. Nous y avons retrouvé nos amis avec qui nous avons un peu bavardé devant les canons. Ils étaient étudiants à Paris I (Sorbonne) en relations internationales. Ils venaient de Shanghai et étaient donc chinois. Le garçon était en France depuis 3 ans et préparait un master et la fille, qui maitrisait à peine moins bien le français que lui, n'était en France que depuis 2 ans. Elle avait d'abord passé un an à Clermont-Ferrand, "ville au calme propice à se concentrer sur ses études" !
Le jeune homme a souhaité immortaliser notre rencontre par une dernière photo prise sur le parvis… Lorsqu'ensuite ils nous ont demandé ce qu'il y avait à voir d'intéressant dans le coin, nous avons été assez embarrassés ! Que conseiller aux alentours de Verdun à deux étrangers à pied voulant prolonger leur séjour d'une journée ? J'ai pensé à l'Argonne, mais la forêt, en cette saison… au musée de la faïencerie de Rarécourt et au village de Beaulieu... Nous n'étions pas plus convaincus qu'eux.
- Pourquoi pas Metz, juste un peu plus loin…
- mais comment y aller depuis Verdun ?...
- Sommes-nous bêtes : pourquoi pas Nancy ? Toul où l'on va n'est pas très loin, on peut vous y conduire ! Proposition acceptée. Nous ferons la route en leur compagnie, témoins de leurs étonnements tout au long du trajet. La nuit épaisse n'est éclairée que par les pâles lumières de quelques villages dispersés en Woëvre.
- C'est très rural ! De quoi vit-on ici ? Qu'y cultive-t-on ? Y a-t-il des commerces ? Comment les habitants s'approvisionnent-ils ? Y a-t-il des écoles ?
En échange, nous avons un peu parlé de leur pays, dont le revenu moyen de quelques 300 euros mensuels (à Shangaï) ne suffit pas à un loyer d'étudiant à Paris… Ils ne paraissaient pas être issus de milieu trop défavorisé, mais ils devaient travailler pour compenser l'absence de bourse d'études. Le garçon avait enseigné en banlieue parisienne, trouvé l'accueil de ses collègues français pas très cordial, les parisiens pas toujours très sympathiques, le métro à peine moins désagréable qu'en Chine avec les mêmes bousculades, les mêmes gens pressés, indifférents les uns aux autres.

Il était un peu plus de 19 heures quand nous les avons déposés devant la gare de Nancy où ils souhaitaient échanger leur billet de train. Nous leur avons simplement indiqué la place Stanislas et les quartiers à visiter, les endroits où se restaurer, du plus gastronomique au plus modeste et ils ont ri sur mon évocation du restau U. Les spécialités lorraines semblaient les intéresser et ils ont pu vérifier sur leur mini ordinateur à quoi ressemblait une quiche Lorraine ! Sur la possibilité éventuelle de visiter un musée, nous leur avons conseillé le musée Lorrain : ce qui a valu leur approbation. J'ai supposé que pendant le trajet, ils avaient fait quelques recherches sur leur iPhone car ils ne nous ont pas posé plus de questions. Il faut reconnaitre qu'avec la technologie actuelle, ce genre d'expédition est bien moins hasardeuse qu'elle ne l'aurait été il y a quelques années. Je me demande s'ils n'ont pas diné à l'Excelsior : leur admiration bien que discrète lorsque nous avons fait le tour de la place Thiers pouvant le laisser supposer !

Peut-être que si notre séjour à Paris avait été prévu moins bref, nous aurions eu l'occasion de les y revoir ! Nous nous sommes excusés, ils n'ont pas insisté !

Dawei et Xiaolei ont inscrit leurs noms et signé la page de garde de "Orages d'Acier" acheté à l'ossuaire…


dimanche 6 mars 2011

Verdun (2/3 - Wood cross, iron cross)

J'avais cru que la forêt de Verdun ne serait que forêt et que je retrouverais celle, familière, plaisante même parfois, que j'avais arpentée carte en mains pour le compte de l'ONF il y a près de quarante ans. Je l'avais aussi tant de fois fréquentée dans mon enfance, quand, débarqués dans un village de Meuse, nous emmenions famille et amis parisiens visiter ces hauts lieux historiques. Nous y allions parfois même ramasser des escargots ou des champignons.

Il n'en fut rien.

Premier arrêt au carrefour de la chapelle Sainte Fine ; le lion de Souville y a moins fière allure que son cousin de Belfort. Quelques cyclistes sont passés sur la route, avant de disparaitre dans la brume, s'interpellant joyeusement.



Second arrêt à Fleury-devant-Douaumont, un des villages "mort pour la France". Nième visite. Aussi émouvante que si c'était la première. Difficile de ne pas imaginer les nombreuses fermes avec leur lot de poules et de canards en liberté picorant la boue des usoirs ; l'école avec ses écoliers turbulents regardant la neige tomber à gros flocons derrière les hautes fenêtres ; le curé sonnant l'angélus de midi en tirant sur la grosse corde… Toutes ces images se sont évanouies dans la froidure du vent, ne laissant à notre vue qu'une assez vilaine chapelle au milieu de ruelles fantômes, cabossées, herbeuses, hérissées de vieux épicéas et de quelques arbres fruitiers encore dénudés. À l'exception de quelques pierres éparses, les panonceaux "EXPLOITATION AGRICOLE-BAUERHOF-FARM", "BOULANGER- BÄCKER-BAKER", "TISSERAND-WEBER-WEAVER", "PLOMBIER, KLEMPER-PLUMBER", "ÉCOLE-SCHULE-SCHOOL" y sont les seuls témoins du passé.

Douaumont ensuite.


Toutes ces croix blanches et bien alignées ont rapidement éveillé la vision du champ de bataille dont il reste encore les trous d'obus emplis d'eau, les tranchées qui serpentent mollement entre les épicéas ou les pins, le sol bosselé hérissé çà et là de vieilles ferrailles ou jonché de barbelés rouillés. J'ai alors entrevu l'image de tous ces hommes jeunes dont tout espoir a été stoppé net dans une tranchée boueuse, dans un fort glacial, dans une sape torride, dans un assaut aussi désespéré que fou…
Douaumont n'a pas trop changé depuis mon enfance. Un nouveau monument en hommage aux combattants musulmans a poussé en symétrie du monument à la mémoire des soldats juifs et devant la nécropole, une nouvelle plaque commémore la présence de Mitterrand et Helmut Kohl main dans la main en signe d'une ultime réconciliation, espérée, souhaitée, théâtrale mais néanmoins sincère.

Bref, des pensées confuses tournaient dans ma tête tandis que nous traversions le cimetière pour nous rendre à l'ossuaire. C'est alors que nous avons été interpelés par deux jeunes personnes dans lesquelles nous avons reconnu les deux touristes asiatiques du matin. Ils étaient à pied et voulaient voir un village détruit. Après une brève incursion dans l'ossuaire en travaux où j'ai fait l'acquisition du livre Orages d'acier d'Ernst Jünger qui manquait gravement à ma culture, nous avons conduit jusqu'à Fleury les deux jeunes gens à qui nous avions fixé rendez-vous sur le parking. Ils devaient prendre à la gare de Verdun un train pour Paris. Nous avions largement le temps de visiter le mémorial avant de les y conduire ; n'étions-nous pas venus dans ce but ? J'en avais les quelques souvenirs lointains d'une première visite il y a une vingtaine d'années pour avoir, en tant que parent d'élève, accompagné les enfants de mon village lors d'une sortie scolaire. A* faisait partie du lot. Je m'étais promis de revenir car à l'époque, il était plutôt question de surveiller les gosses que de contempler le contenu des vitrines. Je les découvrais quasiment donc. La reconstitution d'un champ de bataille au centre du musée m'avait alors étonnée. Ce fut aussi le cas pour les gamins. Cette fois, elle m'a paru artificielle et décevante, tout comme la présence trop obscure des deux avions. Quant aux vitrines, alignées sur deux nivaux, elles présentent une juxtaposition émouvante d'objets français et allemands placés côte à côte dans une cohabitation définitive et pacifiste. L'exposition temporaire présentait des œuvres d'écrivains et de poètes soldats en 14/18 dont certains sont morts au combat. Nous avons enfin assisté à la projection du film "In Mémoriam" où se mêlent documents d'archives et images contemporaines dans une évocation bouleversante et bien faite avec illustration sonore de documents d'archives et de la marche funèbre d'une quelconque symphonie familière mais dont le nom du compositeur refuse de quitter le bout de ma langue. En lieu et place de générique défile un bilan sinistre de chiffres, dates, blessés, morts, villages détruits… Seule la lourde extrapolation aux conflits contemporains dans laquelle la France est encore engagée m'a parue autant hors sujet que partisane !

mardi 22 février 2011

Verdun (1/3 - Downtown )

C'est l'acquisition providentielle de billets d'entrée gratuits au mémorial expirant fin février qui ont conduit nos pas, ou plutôt nos roues, à Verdun ce jeudi 17 février.
Il faisait plutôt frisquet et la sensation de froid était aggravée par un petit vent du nord qui longeait perfidement la Meuse et par le manteau un peu trop léger que j'avais enfilé à la hâte en partant. J'avais cru naïvement que le lendemain d'un si printanier mercredi serait aussi doux que la veille !

La ville somnolait dans une torpeur grise et brumeuse que quelques passants pressés, emmitouflés dans des manteaux noirs, animèrent sur le coup de midi. Nous aurions été visiblement les seuls touristes sans ce couple aux yeux d'Asie qui prenait des photos du fleuve depuis le pont Fernand Legay ! Engoncée dans mes préjugés, j'imaginais que ce ne pouvait être que des touristes Japonais !
J'eus au passage une pensée émue pour le pont provisoire que j'avais connu avant celui-ci dans le milieu des années 50 et de l'inauguration en grande pompe du pont tout neuf, avec les vibrations produites par les soldats marchant au pas qui avaient résonné intensément dans ma jeune poitrine.
Je tendais presque l'oreille pour entendre au loin le canon dont un grondement lointain n'eut pas paru si anachronique ! À quelques jours près c'était l'anniversaire de la première offensive allemande. Mais non, Verdun était bien paisible. Entre la porte Chaussée et le marché couvert, le tour du centre ville fut vite fait.
(Rue Mazelle)

Le Saint Hubert, restaurant ouvrier de la rue des Gros Degrés que je fréquentais dans les années 73/74 et dont je conservais un bon souvenir n'existant plus, il y avait encore le choix pour déjeuner. Snobant la table du Coq Hardi, l'heure n'étant pas à la gastronomie, nous sommes rentrés dans un petit restaurant du quai de Londres qui nous a paru bien agréable avec ses nappes à carreaux rouges et ses grappes d'ail et d'oignons pendues au plafond. Quelques habitués et le couple aux cheveux couleur d'ébène ne remplissaient pas vraiment la salle. Le café avalé, renonçant à une promenade en ville Haute, nous avons regagné la voiture qui nous attendait rue Saint Sauveur, presqu'en face de l'ancienne entrée du lycée Margueritte, tout en empruntant le chemin des écoliers. Je garde un souvenir confus de ce vieux quartier du temps où les promenades d'internat du jeudi et du dimanche n'ont laissé dans ma mémoire que les images sombres des fortifications et celles plus chaleureuses de la boulangerie dont parfois les "pionnes" nous autorisaient l'accès, seul agrément de ces après-midi bien moroses.

Contournant le pâté de maisons, j'ai retrouvé le portail métallique de l'entrée des externes par lequel je pénétrais dans la cour du lycée le lundi matin ; le dimanche soir, c'était par l'entrée d'honneur. J'avais onze ans. Tout à côté, des canards s'ébattaient en toute liberté sur le canal Saint Airy dédaignant un tapis qui séchait sur un parapet.

Puis nous sommes "montés" en forêt en passant par le Faubourg Pavé dont je n'ai reconnu en passant que le cimetière militaire, débarrassé de son environnement de casernes et de bars à soldats américains des bases de l'OTAN qui avaient succédé aux "Sammies".

mercredi 19 janvier 2011

La charlotte de Noël

- Et si on innovait ? a dit A*, proposant comme dessert de Noël une charlotte plutôt qu'une traditionnelle bûche de Noël ?

- Pourquoi-pas ? lui répondis-je avec enthousiasme et après examen de la recette d'une "Charlotte rose aux fruits rouges" ***** du journal des femmes, sur l'internaute.com.


Coup d'œil rapide sur la recette :

- Les groseilles, j'ai : la récolte de l'année ayant été intégralement congelée.
- Les framboises, j'ai : les surgelées de Cora sont très bonnes.
- Je peux même ajouter quelques cassis : j'ai encore la récolte de l'année au congélateur.
- Sucre, crème, citron : ce n'est pas un problème.
- Suffit d'acheter la gélatine et les biscuits roses de Reims. J'ajoute ces 2 éléments à ma liste de commissions.

Préparation 20 minutes ; repos 720 minutes (pourraient pas dire 12 heures, comme tout le monde) : en faisant la charlotte le matin, ça devrait être bon !

Courses à Cora quelques jours à l'avance pour éviter la foule, avec l'aide (pas toujours éclairée) de monsieur.
- Je ne trouve pas la gélatine !
- A quoi ça ressemble ?
- Ben, à des feuilles de papier transparent !
Exploration du rayon "aide à la pâtisserie", Vahiné c'est gonflé et Alsa vous gonfle. Finalement, on trouve de la gélatine en poudre ! Tant pis : ça doit bien faire le même effet ? Le poids correspond aux besoins, va pour les 12 g de gélatine en poudre.

Je ne trouve pas de biscuits roses de Reims, pas plus que de blancs non plus.
Je dédaigne les vulgaires boudoirs (les rose-cochenille comme les blancs) et me rabat sur des biscuits à la cuillère premium. Il en faut 20, donc la boite de 30 convient parfaitement.
Suit une grosse discussion philoso-gastronomique avec monsieur sur la différence entre les boudoirs, les biscuits à la cuillère, les biscuits à Champagne, les biscuits de Reims (les roses comme les blancs !) : nous ne tombons pas d'accord.

Suite des courses quelques jours plus tard au Grand Frais de Dommartin : je trouve de la gélatine en feuille. J'achète : la poudre pourra toujours servir à autre chose.
Pas plus de biscuits de Reims roses que de blancs.
Désespoir d'A* qui m'envoie la photo1 prise sur son téléphone depuis le Monop en face de chez lui où il y en a.


Et photo2 de biscuits à la cuillère sur lesquels on peut se rabattre !
Texto à A* pour lui signifier :- C'est bon, A*, j'ai des vrais biscuits à la cuillère-pas-boudoirs-t'encombre-pas-de-biscuits-de-Reims, sauf si ça risque de gâter ton réveillon.
Je le sens pas convaincu et un peu dépité !
Courses dernière minute à Toul : pas des biscuits de Reims au Casino ! Le Proxy de la place du marché est définitivement fermé. Finalement, je passe chez Laroppe pour le cadeau de monsieur… blablabla avec Vincent :
-Il n'y a plus que Casino comme commerce alimentaire à Toul ?
Blablabla…
-Parce que je cherche des biscuits roses de Reims !
- Mais j'en ai !
- Haaaaaaaaaaaaaaaaaa ?!
- Oui, on essaye d'avoir tout ce qu'on ne trouve pas ailleurs.
Je jubile !
- Sauf qu'on est en rupture de stock : je n'ai que des petits !
Je dé-jubile.
- C'est pour faire une charlotte !
Mais çà marche très bien aussi, les petits !
Je quitte le magasin de la rue Jeanne d'Arc encombrée du (lourd) cadeau pour monsieur, de deux grandes bouteilles de bière "Chaouette" brassée artisanalement à Saizerais (qu'on ne boira même pas !) et du précieux paquet de petits biscuits roses de Reims, des vrais, qui pourront toujours servir…
SMS à A* : G D roZ !
Réponse : Me v'la soulagé !

Jour J pour faire la charlotte, on n'est pas trop de 3 !
A* s'occupe des fruits : décongélation, moulinage, passage au tamis (avec quoi ? Chinois ? Moulinette ?).
- Moi, je n'aurais pas filtré…
La pâte est assez visqueuse et épaisse… mais en insistant bien, ça passe dans le chinois.
L* s'occupe de la gélatine avec dextérité. Moi, je pèse, prépare le sirop, monte la crème en Chantilly, prépare les biscuits.
Nous nous mettons à trois pour chemiser le moule… mais quel moule ? Il y a le choix entre 3 ou 4 récipients dont un que j'ai acheté tout exprès ! Opération découpage du papier sulfurisé, avec le secours de monsieur, parce qu'il faut refaire le rond du fond que j'ai malencontreusement mis à la poubelle et que ça urge parce que la gélatine doit être à point ! Quatre mains et quelques pinces à linge sont nécessaires pour soutenir le chemisage tandis que je trempe (rapidement, dit L*) les biscuits dans le sirop. Les petits nous ayant laissés dubitatifs sur la solidité finale de l'édifice, nous avons opté pour une solution batarde : des petits biscuits roses de Reims dans le fond, des biscuits à la cuillère pour le tour.
Deux heures, environs, plus tard (qui avait dit 20 minutes de préparation !) la charlotte est engouffrée dans le frigo pour 12 heures de repos bien mérité. Quant à nous, on s'attaque à l'abondante vaisselle et rangeons le bric-à-brac des ingrédients, appareils et autres accessoires ayant servi à la confection du précieux dessert.

Sub-12 heures plus tard : démoulage parfait ! La charlotte est solide et ne s'écroule pas. On passera sur son petit défaut : la crème qui est un peu passée entre les biscuits, et ça ne ressemble pas du tout à celle de la photo. (Non contractuelle : c'était une suggestion de présentation ! D'ailleurs, ce n'est pas possible qu'il y ait 30 biscuits dans celle présentée.)
- Mam', t'as de la menthe ?
Zut, j'avais zappé qu'il fallait de la menthe… Celle du jardin est sous la neige, celle que j'ai desséchée n'est pas engageante, et je n'ai pas pensé à en acheter.
Mine déconfite d'A* ! Tant pis, y aura pas la pointe de verdure qui fait que c'est plus joli et dont le goût s'assortit bien avec celui des fruits rouges !
Ben sinon, la charlotte, elle était très jolie avec les fruits qu'on a mis dessus et qui cachaient les biscuits roses de Reims ! Elle fut même délicieuse.

La prochaine fois, j'm'y prendrai plus tôt pour acheter les biscuits idoines ; on aura l'expérience pour manier la gélatine, j'achèterai de la menthe fraiche et on ne mettra peut-être qu'une heure pour la préparation !

Au fait, sur la recette, c'était écrit : "Une charlotte idéale en été, pour un anniversaire", recette difficile !

Si ça vous tente, la recette est ici.

vendredi 7 janvier 2011

(Sa)pin de Noël

Lupa et moi ayant été habitués depuis notre plus tendre enfance à la présence d'un sapin de Noël, ce symbole forestier, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, a tenu au fil des années une place incontestable dans chaque mois de décembre.

Le premier de notre vie de couple fut symbolisé par des branches de noisetier peintes en blanc et garnies de quelques boules que notre maigre bourse d'études avait permis d'acheter. Le tout fut placé sur le buffet dans mon unique vase. Pourtant cette année-là, nous n'avons pas passé Noël dans le F2 meublé que nous louions au CROUS au dixième étage du bloc "les Pélicans" à Vandœuvre.

Puis l'arbre se fit épicéa, laissant malencontreusement et irrémédiablement quelques aiguilles dans la moquette. Il y eu une ou deux années de suite un sapin pectiné, sommes toutes assez malingre, prélevé dans des semis naturels d'une forêt près de Lunéville où j'avais cartographié.
Petit à petit, le stock de boules, guirlandes et autres ornements s'est mis à croître, passant d'une boite à chaussure à un carton plus volumineux.
Il n'y en eut pas l'année de notre emménagement à Pierre ! Celui-ci ayant eu lieu le 22 ou 23 décembre 1981, il n'en fut même pas question ! Pourtant, l'humidité de la maison toute neuve et chauffée seulement depuis quelques heures aurait convenu au plus vulgaire épicéa ! Quelques guirlandes furent malgré tout accrochées aux cartons "Démeco" empilés que nous n'avions pas encore déballés. La poutre de cheminée accueillit l'inévitable crèche en bois et tissu made in P&M et qui est encore récurrente après une ou deux tentatives plus artistiques. Point de feu possible : la cheminée était trop fraîche pour le supporter. Nous oserons cependant vaincre l'interdiction en brulant tout doucement les emballages des cadeaux.
Les années qui ont suivi, le territoire de Pierre la Treiche nous fournit en pins, noir ou sylvestre, coupés au Chanot mais dont la source s'est trop vite tarie pour cause de croissance exubérante. Il y a même eu une tentative "genévrier de Noël", non renouvelée à cause du caractère risqué d'une cueillette dont on ne se sort pas indemne de toute égratignure.
Tout ça sentait bien bon, mais séchait trop vite, malgré le bac de sable humide de GSM où on plaçait l'arbre. C'était d'ailleurs toute une expédition et une installation auxquelles les enfants aimaient participer !
Je n'ai pas renouvelé l'opération sapin de Douglas en motte, coûteuse et décevante : mon unique acquisition prit en effet bien vite de jolies teintes rousses automnales laissant présager l'échec inévitable de toute tentative de plantation au jardin.
Bref, le sapin de Noël c'était une histoire bien compliquée. A* ne le trouvait jamais assez grand à son goût. Il s'en faisait d'ailleurs un personnel dans sa chambre, décoré sur ses fonds propres !
Les thématiques changeant parfois, la quantité de babioles destinées au décor a vite augmenté… tous ne servant pas chaque année. Quelques éléments originaux (mais très certainement déjà made in China) furent achetés au marché de Noël de Strasbourg où nous sommes allés à deux reprises, affrontant une fois un grand froid, une autre une pluie diluvienne, météos mémorables l'une comme l'autre… A* se souvient sans doute des chaussures qu'on qualifia ensuite "de location", achetées quelques jours plus tôt (à la Halle aux chaussures pour ne pas leur faire de pub !), et qui ne résistèrent pas à l'expédition… Elles furent remboursées sans discussion par le marchand qui n'ignorait pas la faiblesse du modèle. Quant à la pluie, elle nous valu l'achat d'un méga parapluie aux couleurs de l'Europe, lequel a encore ses pénates dans le coffre de la voiture "au cas où", mais n'a pas dû beaucoup servir depuis.
LEA ayant quitté le nid, je rechigne et me fais chaque année réprimander devant mon faible "sapinenthousiasme " !
L'arrivée de Bidule a été catastrophique pour l'arbre : c'est si amusant, tous ces trucs qui pendouillent et qui scintillent… et c'est si rigolo pour un chat facétieux de mordiller le bout des branches... Du coup, les deux années qui ont suivi, j'ai opté pour un astucieux Sapinus suspendux : stratagème fait en réelles branches d'épicéa la première année. Il a fallu installer un gros crochet au plafond, réutilisé l'année suivante pour un ersatz… en branches peintes en blanc : retour aux origines !
Le crochet ayant servi entre temps à suspendre trois avions biplans que je ne souhaitais pas enlever et vu que les pitchounes ne venaient pas cette année, je me serais volontiers abstenue au risque de sévères réprimandes… ou adaptée à toute idée originale que ni A* ni L* ne m'ont proposée malgré ma requête !


Finalement (crainte de représailles et de déceptions ?), nous avons affronté la neige et le froid pour aller couper un "petit itsi bitsi tini ouini, tout petit" (sa)pini dans la carrière au dessus du Chanot. Néanmoins élégant. Je lui ai épargné les guirlandes électriques (dont la plupart des lampes sont HS) inadéquates à sa frêle ramure. Il a accueilli pas mal de boules et pendouilleries écarlates qui n'ont pas suffit à lui donner un air touffu. Personne n'a remarqué que je ne l'avais pas coiffé de la traditionnelle étoile ! Pffft ! C'est dire si mes gaillards ont pris le temps d'y regarder de près !
Je l'ai démonté mercredi (je n'ai pas eu le temps avant) et j'ai remisé mes deux cartons d'accessoires dans leur placard. Je ne l'ai même pas pris en photo !
(Bonne ?) idée : et si l'an prochain je n'y accrochais que des décors comestibles ? (Papillotes, sucre d'orge, pain d'épices…) avec obligation de tout liquider ? Le démontage serait grandement facilité.

Photos :
Vandoeuvre, janvier 1975

Carrière du Chanot , juillet 2009)

(Extrait de la Gazette du 8 janvier n°9)